La maison natale

Publié le par Amandine

La Maison Natale

Poème I

I - "Je m'évaillai, c'était la maison natale..."

- instant du passé, le moment où il s'éveille: temps du passé => rêve. Comme si le rêve transforme le réveil > instantané qui ressemble à une image de rêve éveillé

- dimension autobiographique, articulé autour du pronom personnel "je", reconstruction de la maison natale [chp lex de la maison]

- ce n'est pas vraiment la maison natale réelle, c'est une maison qu'il porte en lui avec des odeurs, des pièces... = maison de mémoire

- le poète n'est pas passif dans la maison natale, il va passer dans la véranda, dans une autre pièce faite de verre où le monde est vue à travers ces verres, où le monde va se démultiplier. / bcp de verbes d'action + implication des sens (vue, odorat...)

- aspect irréel : l'eau rentre dans la maison [décor maritime] => impression de collage suréaliste. Il voit l'eau envahir la maison au point que la maison disparait. L'eau présente partout symbolise le réveil et surtout de la vie, quand la lumière envahie l'espace, éclaire le monde.

II - Un personnage cherche à entrer dans la véranda inondée où se trouve Bonnefoy = terme qui fait référence à la mythologie : la sans-visage -> qui ne peut voir et ne peut-être vue -> on sait que dans les enfers les morts sont privés d'humanité et qu'on les appelle des sans-visages. On peut donc penser à Eurydice, impossibilité de quitter le monde des morts => symbolise l'angoisse de la mort - signe de l'échec - du rêve on passe à une sorte de cauchemard.

+ "l'odeur de l'horizon" devient "cendre" => mort

- Bonnefoy à la fois du côté des vivants, à la fois du côté des morts puisqu'il entend les rumeurs de l'autre rive, celle de l'enfer. Il n'a pas réussit comme Orphée à ouvrir la porte pour sauver Eurydice, il est comme lui aussi aspiré par la mort . Il pense au monde des vivants sur le mode de la séparation, du regret.

- vision d'apocalypse, de fin du monde comme si le monde s'embrasait. Deux menaces se conjugent : le feu et l'eau.

- chiasme du dernier vers "à jamais les autres" = thème de la solitude, l'enfant isolé, seul.

-> lien lexical/analogique entre la fin du poème précédent et celui-ci. Chaque poème de la maison natale est comme une pièce de la maison.

=> Autobiographie + rêve + création -> illustre le passage du monde réel au monde de la poésie avec l'idée de confronter les mots du réel à l'écriture poétique.

Poème II

- même lieu

- impression qu'il pleut "doucement dans toutes salles", mélange du dedans et du dehors, espace aquatique multiplié par le jeu des miroirs. > impression de morcellement.

- on voit la situation du poète "je": il s'éveille, il pleut, il est assailli par les images, les reflets des miroirs. effet de miroir comme un hologramme + association de l'eau et des rêves (cf: Aube et l'apparition d'une déesse). Il est en train de rêver, monde onirique car il voit une déesse.

Dans tout ces reflets d'eau, il voit un visage de l'autre monde, d'ailleurs.

- On a un glissement du réel. C'est la maison du songe. "Ici rien qu'à jamais le bien du rêve".

- le toucher et présent plus tentation initiatique > le poème témoigne d'une tentation sensuelle, image du désir à mi-chemin entre une déesse et une petite-fille.

- il y aussi du chagrin et de l'impossible [cf: Ophélie, la fiancée de Hamlet]

=> poème tableau, assez visuel + thème de la mort

 Poème III

Comme poème 1, coupure entre 2 mondes. Atmosphère lugubre.

- Cérès, personnage de la mythologie incarne la préocupation récurrente de Bonnefoy > la finitude. Elle représente le cycle des saisons et l'agriculture. C'est par elle que la nature meurt et renaît. Elle incarne le fait que tout soit en forme de cycle, à la mort succède une renaissance, ce qui n'est pas possible dans la vie humaine. C'est l'incarnation de ce dont le poète est dépourvu : la capacité de revivre.

Dans la maison natale la figure d'Euridyce ouvre la suite des poèmes et Cérès la termine.

Bonnefoy est dans le monde des morts et les rires des enfants confirment son angoisse.

- "Je" l'enfant dominé par la présence de 2 grands êtres > accentue la solitude de l'enfant.

- Une image double de femme, une image inversée > 1 vieille acariatre / 1 belle jeune femme. Presque fantastique, comme une vision. La belle fait pousser un cri à l'enfent. Un cri d'amour avec la bizarrerie du désespoir. Le cri mal interprété de l'enfant est comme un poison. Le cri est interprété comme une moquerie et conduit à l'échec > "Cérès moquée brisa qui l'avait aimée". Comme si elle le punissait, empoisonant son corps d'un poison qui le pétrifie.

- L'enfant veut communiquer mais il ne peut pas, il n'est pas encore prêt. Cet enfant "seul sur le seuil" voit de part et d'autre du seuil 2 formes de l'altérité. Le seuil = lieu de passage. Il n'a pas réussit à franchir ce passage parce que le langage reste opaque.

- Cérès est toujours assoifée par la quête de sa fille => caractéristique. C'est l'image maternelle. Est-ce symbole de l'échec de communication entre Bonnefoy et sa mère ? Le rêve d'une relation fusionnelle ? cauchemard de l'échec.

- les 2 persos communiquent, l'échange a lieu mais l'enfant ne peut pas y participer. Peut-être que ce cri n'arrive pas à exprimer cet amour, a le communiquer, il n'arrive pas à exister, il est murrer dans la vie > l'enjeu des poèmes arriver à intégrer une communauté par le don de soi. Cérès, elle est capable du don de soi, c'est celle qui n'accepte pas l'abscence.

+ échec à l'éveil au désir, la sensualité, la femme.

Poème IV

- atmosphère lugubre - nuit - présence de l'eau

- parataxe : 2 phrases courtes placées l'une à côté de l'autre sans lien logique. Puis allongement des phrases comme si avec les enjambements elles n'en finissaient plus.

- l'enfant tout puissant dans la nuit comme Rimbaud dans ma Bohème > intertextualité avec ce poème > réécriture par le dernier vers " un pied contre mon coeur". Bonnefoy inspiré de Rimbaud qui racontait une fugue.

- synestésie ; harmonie avec la nature.

- recherche d'un refuge => hangar figure symbolique du ventre maternelle.

> nouvel échec : rêve qui se transforme en cauchemard, le vide.

- début du texte enthousiaste ; évoquer le passé, un souvenir ( "brassée" = bouquet de souvenir, demande des efforts : dans la boue, ça ruisselle d'eau, c'est assez lourd, ça pique...). Serrer cette brassée c'est une façon de serrer ses souvenirs. > bouquet à la fois d'abscence (passé, fini, disparu) et de présence (bouquet existe, fait échos à des voix)

- image d'Orphée qui entend les voix des morts, du passé et se retourne et la route est vide.

=> malgré tout ses efforts le poète ne peut saisir le passé.

Poème V

- le plus important de la section.

- construit en 2 mouvements qui semblent les 2 temps du rêve : récit du rêve au présent de narration qui rend le rêve réel alors que c'est le rêve de l'enfant non de l'adulte. Rêve en récits, récit de rêves...

- image obsédante de la barque, élément central du rêve et là encore courbe (ventre maternel). Allongé dans une sorte de position foetale. Bruit de l'eau comme un symbole du liquide amniotique. la barque est à la fois l'image de la mère et de la poésie. On se trouve à l'estuaire, passage du plus resseré au plus large > symbolise la naissance. Songe où l'on préfère un monde clos, le monde de ses rêves et l'univers fermé du langage à la réalité. Attitude de replis, fermeture = crainte ?

- maison onirique, démultipliée. Au lieu d'entendre le bruit de l'eau, il entend des voix, des douleurs. Il se hate, il esquive. Son rêve se déplace dans une salle de classe, dans la région du souvenir. L'anaphore "vois" l'oblige à se remémorer le souvenir de son apprentissage, de sa découverte du monde, comment le langage lui a donné une vision éronée de la réalité. On lui a demandé de regarder mais surtou on lui a demandé d'y voir lui des images. Ce n'est pas lui qui reconnait, c'est celui qui lui fait visiter qui lui impose les images. L'enfant revit une expérience fondatrice, celle d'avant le langage, un moment où l'enfant est encore dans la fusion d'avec ses parents surtout la mère. Ici il vit le moment où acquérir le langage est se séparer du monde, rester dans un code qui marque le monde, un code de signes arbitraires qui vous trompent. Dévalorisation par le vocabulaire de la dépossession. Idée que les mots apauvrissent le réel > le langage qu'on nous inflige est un pale reflet du réel comme fané, associé au ch lex de la mort.

- référence à Isis. Comme Cérès Isis représente une figure du don, de la vie. Le texte pessimiste dans le fait que Isis est impuissante et son geste entraine pour lui une dépossession du monde, une désunion. Elle lui renvoit l'image de la séparation. Elle le condamne à vivre dans une forme de deuil, de renoncement à adhérer au monde, elle lui renvoie une image qui fait échos à sa mère, à l'impuissance de celle-ci, c'est à dire l'impuissance à être présent au monde. Le langage est le seul don que Bonnefoy a reçu faute de mieux, faute d'amour > le langage comme compensation au manque affectif.

> justifie pourquoi Bonnefoy est devenu poète, va réfléchir sur le langage. But de dépasser le sentiment que le monde est un exil à cause du langage, redonner par les mots le sentiment d'être présent.

Poème VI

- récit au passé en 2 stophes : l'une très tôt le matin, l'autre en plein jour. Ordre chronologique, thème de l'éveil.

- le locuteur a roulé tte la nuit, on bascule du récit de voyage au poème.

- avènement > naissance du monde avec les caractéristiques de la nature, les élements puissants : foudre, soleil... Force de la nature à coté de la petitesse des hommes.

- feu de la nature + feu des vignerons > déplace le regard du ciel vers la terre et d'un feu à un autre. Le feu des vignerons est menacé (par le vent et la pluie) comme si les hommes étaient menacés par la nature.

- Bonnefoy montre le goût aux petites sociétés, communautés présentent dans le monde et capables d'échanger, de donner. Idée d'une communication entre les hommes + Idée d'une reconnaissance par le poème de la nature > l'homme qu'il soit poète ou vigneron peut habiter le monde et ne pas s'y sentir exclu, étranger, en faisant preuve de don, d'échanges.

 

Poème VII

- figure centrale du père - souvenir des matins de l'enfance - chronologie

- plus proche du souvenir autobiographique que du rêve (# des autres poèmes)

- marqué par la difficulté à dire, à savoir qui était son père - incommunicabilité. Un père ailleurs. Souvenir cruel car souvenir de la souffrance de son père et de leur relation.

> Oscille entre la volonté de rendre hommage à son père et faire l'échos d'une relation qui n'a pas eu lieu.

- la rue, le passage => lieu de rencontre. La rencontre n'a symboliquement pas lieu ici. Séparation caractéristqiue de leur relation - image d'un père lointain (au fond du jardin). Le père est l'expression de l'inacompli ou l'impossible. Père avec qui il ne peut pas avoir de lien et que l'enfant aurait voulu > l'adulte essaie de trouver un lien par l'écriture.

- dans la parenthèse : la partie de cartes > écriture d'un souvenir indélébile. Il aurait voulu oublier mais ça le poursuit. La parenthèse efface un peu l'écrit à l'intérieur par rapport à l'extérieur. L'enfant cherche à restaurer la communication, faire un don par le jeu de cartes. Le père a proposé un jeu mais il sort, il n'est pas vraiment impliqué. L'enfant a l'espoir que son père gagne > l'espérance = échange > l'enfant aurait une place dans la vie de son père mais l'échange est un leurre > ils ont raté l'occasion de se rencontrer définitivement.

Poème VIII

- même endroit - souvenir sur le couple parental

- fenêtre = passage > "sur un pêcher qui ne grandit pas" > échec, raté.

- pt de vue de l'enfant : un homme et une femme pas mon père, ma mère.

- Pour une fois les parents se parlent mais distance. Les parents n'arrivent plus à racourcir la distance ou ils ne cherchent pas à le faire. On peut supposer que la conversation des parents ne portent pas sur l'enfant, les mots ne sont pas pour lui. Qqch qui l'exile, le mets à part, le sépare de ses parents. Il ne reçoit pas l'échange qui lui permettrait de naître, de grandir, de trouver sa place.

> c'est la poèsie qui va lui donner une existence.

Poème IX

 - le poème parle d'un poème, d'un vers de l'ode à un rossignol de Keats

- Bonnefoy grd lecteur, admirateur, traducteur d'oeuvres anglaises. Il fait référence à Ruth perso biblique qui illustre aussi la mélancolie profonde et fera le lien avec sa propre mère. Ruth est veuve et sa belle-mère l'emmène à Bethléhem. Elle se retrouve étrangère, elle a le sentiment de l'exil, la nostalgie et des interdits. Echos à une mère marquée par le sentiment de l'exil et des larmes, et le lieu perdu.

-> Souvenir d'un vers dont le sens profond était ressenti avant que les mots ne le confirment.

- La question rhétorique affirme que ce que le poète a reçu de sa mère n'est que le sentiment de l'exil et les larmes. Il est à la fois petit garçon et adulte. Il est interrogatif devant cette abscence, qu'y aurait-il d'autre à découvrir ?

poème X

- 2 strophes, allusion à la vie, question de la naissance, atmosphère maritime, calme et sérénité

- 1ère strophe > maison heureuse, se termine sur l'image de la mère.

- 2ème strophe > entre parenthèse.

renaissance "alors", "la vie" > non plus la maison natale mais une maison natale. Pas la même, pas celle des parents > grenier, église, odeur de paille, tuiles chaudes... Cette maison correspond à la maison des grands-parents maternels dans le Lot > lieu de vacances. + présence du "nous" contraire de la 1ère maison.

- mystérieuse présence féminine.

- oscille entre 2 thèmes centraux souvenirs (tps à l'imparfait) et rêve. Idée que l'éveil correspond à des jours qui avancent lentement comme avance un fleuve vers la mer. La vie est représentée par les voiles du navire. Au bout de la mer, la mort, qui semble tranquille - jeu, moment d'échanges, d'harmonie, de joie.

- Il a trouvé le contraire de la solitude (strophe 1), il sait qu'il y a autre chose, il a vécu l'échange, il a adhéré au monde. Cette certitude permet une sérénité face à la mort, permet d'accepter la finitude. Idée que jusqu'au dernier moment, la vie peut-être joyeuse, ce n'est pas une image qui fait peur.

> poème sur la mort mais sans angoisse.

Poème XI

- pt commun : décor maritime ; qd le temps se creuse, la mer se creuse, on va vers la mort comme l'érosion > allégorie de la mort.

- il assiste à une sorte de naufrage : le paysage de la 1ère strophe presque mouvant a disparu au profit de cet espace dans lequel un navire demande secours > déjà ds le monde de la mort.

- anxiété des témoins. Le dialogue direct valorise la réponse, le oui, le dévouement des nageurs qui se dirigent vers le navire > espérance d'un sauvetage.

- sous la forme d'un tableau, très visuel mais l'espace entre la rive et le bateau est moins bien défini. Beauté du désastre.

- référence à Perceval.  

Poème XII

le texte bascule sur une forme interrogative avec une interrogation sur vieillir, renaître, mort, maison.

- être chassé de la maison natale c'est aller à la mort. la question tourne autour de la quête de la maison natale, d'un lieu refuge, repère qu'il a demandé toute sa vie.

- comment faire pour que vieillir soir renaître ?

- le poème se tourne vers Cérès, figure de mère et beauté. La sans-visage était Cérès. Le poète se présente comme son allié, celui qui lui rend hommage. Elle incarne l'angoisse de la mort en mm tps que le don au point qu'elle fait renaître sa fille.

- Bonnefoy regrette que chacun de nous ne puisse renaître. Il représente Cérès errant dans le monde à la recherche de Perséphone, c'est sa capacité de don qui la fait vivre, il nous invite à avoir de la compassion pour elle > message altruiste - humaniste.

=> bien que histoire individuelle, vertues universelles.

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