Pistes pour Gargantua de Rabelais

Publié le par Amandine

D'après la Notice de Gargantua dans l'édition la Pléiade par M. Huchon



trouve ainsi singulièrement appauvrie et la sélection des textes apparemment les signifiants fait négliger la portée des textes énigmatiques ou des épisodes à première vue simplement ludiques.


Influences et sens cachés :

Rabelais, par les longues descriptions, digressions, insistances sur les détails, énumérations qui deviennent pléthorique – tel le chapitre des jeux – poursuit le dialogue avec le texte de Lucien et les techniques usitées dans Pantagruel sont ici reprises. Il s'amuse aussi de décalages spatiaux ; ainsi pour l'épisode des pèlerins. De même Rabelais emprunte à Erasme ses Silènes d'Alcibiade et les symboles pythagoriques mais aussi de multiples adages. C'est une lecture silénique et même parabolique que le lecteur de Rabelais est amené à faire de certains épisodes (efficacité du bâton de la croix entre les mains de frère Jean). Le prologue de Gargantua prend tout son sens dans sa confrontation avec les textes d'Erasme et de Lucien. Le lecteur est convié à une lecture particulière : recherche d'un sens autre caché derrière le sens premier. Mais Rabelais a tout particulièrement insisté sur les modalités de ce cryptage, jouant sur les différents niveaux de sens – sens cachés et sens autre.


Derrière le terme de moelle dans le prologue,




Critique de l'historiographie :

Dans l'écriture de Gargantua, Rabelais remodèle un texte qui se prétend une chronique, manifeste contrefaçon historique et parodique. Il s'amuse de la passion des historiographes pour les commencements. Il continue à se jouer des clichés du roman de chevalerie et du récit historique, dont il déplore la confusion. Gargantua évoque les biographies de grands seigneurs en vogue au XVe siècle et les vies de saints. La manipulaion ironique est particulièrement sensible pour la figure du narrateur, Rabelais insiste sur son rôle d'historiographe, qu'il outrepasse tout au long de l'ouvrage en prenant à partie son lecteur, en lui imposant plus ou moins violemment ses commentaires.


Inscription dans un contexte :

C'est la rivalité du roi de France avec Charles Quint que le lecteur lisait derrière le rêve de conquêtes picrocholines. Par le rire, Rabelais exorcisant les défaites précédentes et la crainte d'expéditions nouvelles de l'empereur. Il caricaturait la figure du tyran face au roi humaniste. Mais à ces images de tyran universel et de tyran contemporain, Rabelais superpose celle du seigneur de Lerné, le voisin irrascible de son père, à qui l'opposait une querelle de voisinage ; les guerres picrocholines, au lieu d'embraser l'Europe, dévastent les environs de la maison natale de Rabelais, qui fournit avec une extrême précision tous les noms du Chinonais.


L'art sténographique de Rabelais utilise les événements de l'actualité la plus contemporaine. Ainsi l'épisode des cloches de Notre-Dame est à mettre en relation avec le contexte politico-religieux des années 1530 et avec le rôle joué par le protecteur de Rabelais, Jean du Bellay. Rabelais ridiculisait aussi l'enseignement de la Sorbonne par les premier type d'éducation donné à Gargantua, qui dans les 1ères éditions, est institué non par des sophistes, mais par des théologiens. Outre la caricature, il utilise l'inversion ironique : ainsi en donnant une longue liste de jeux auxquels s'adonne le jeune Gargantua sous la férule de ses précepteurs théologiens, transposition des listes de jeux interdits que dressent les autorités ecclésiastiques. Le « théologien » devient « sophiste », raison de prudence, a-t-il été dit.


Indépendamment de l'actualité politique et religieuse, il y a dans Gargantua maints échos des sujets de débat contemporains, telle la querelle du libre arbitre et de la grâce qui avait opposé, la décennie précédente, Luther et Erasme. Le programme de précepteur humaniste de Gargantua est à confronter, en particulier, aux méthodes d'éducation d'Erasme et de Vivès.


A côté des faits les plus contemporains, Rabelais inscrit dans son texte ses destinataires privilégiés. Un simple allusion devait parfois suffire dans le cercle de ses amis à évoquer leur production littéraire. Ainsi du tire amicalement ironique de capitaine Chappuys, qui fait référence à l'odyssée mouvementée de son ami Claude Chappuys.


Conclusion :



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