Dans le leurre des mots

Publié le par Amandine

DANS LE LEURRE DES MOTS

POEME 1 :

 lié aux autres poèmes par la barque, la mer, la sans-visage, le mensonge du langage.

Le titre : Le leurre est une illusion, un semblant qui concerne ici le langage : croire que le langage (et donc la poésie) pourait restituer la puissance d'une relation avec le monde, mais qui date d'avant l'acquisition du langage > réflexion sur la parole poétique.

1° L'homme peut exister (avant ou ailleurs) du langage

2° le langage continuel va exiler l'homme du monde > il est séparateur.

3° l'homme peut sortir de cet exil par la parole poétique qui nous ramène avant le langage.

Strophe 1 :

- échange, présence, communication > bonheur, joie.

- la nature offre des richesses (métaphore de la vigne, image de la terre nouricière, atmosphère chaude) dans lesquelles les 2 êtres humains sont présents : un échange homme / terre et entre tous les éléments > l'écriture produit un nouveau ciel, une nouvelle terre.

Strophe 2 :

- glissement entre 2 strophes par l'oiseau > union à séparation + le chant du rossignol est triste, symbolise la séparation.

- Ulysse engendre la mélancolie de Pénélope, il erre à la recherche de sa patrie. Voyage, celui qui est tjrs reparti, incapable de s'établir => il sert de modèle pour Bonnefoy qui va associer l'image de ce vagabond à celle du poète > le voyage d'Ulysse sera celui de Bonnefoy dans l'espace de la poésie, à la recherche de la beauté et la vérité. Imiter Ulysse c'est tjrs être sur le commencement, le départ.

Strophe 3 :

- le rêve d'Ulysse : le héros est amené par son songe à l'île du hasard, une halte agréable (ac la nymphe Calyspo) ; Hermès viendra le chercher : il doit revenir. La nymphe lui propose de devenir dieu, mais il tiens à retrouver son épouse en tant que mortel => il veut se souvenir de son passé > le rêve le renvoie aux siens. Le trajet d'Ulysse à travers dieux et monstres le ramène dans le monde des vivants et des mortels.

=> rappel à Cérès : la déesse et Ulysse sont des incarnations de l'humanité, acceptant la finitude de la vie et la force des liens.

Strophe 4 :

- " aller ainsi" : comparaison associant Ulysse et poète, leurs voyages dans l'eau des rêves + anaphore du vocabulaire du voyage ("aller").

=> Bonnefoy veut accoster sur une nouvelle terre, vers la réconciliation et l'unité.

- la poésie est associée à une flamme. La lumière, le feu évoque un phare, une séparation entre terre et mer, cela suggère l'idée de refuge, de foyer => c'est ce que Bonnefoy attend de ce voyage : de l'énergie et de l'espérance.

=> envie de retrouver les liens mais angoisse, incertitude : les mots de la poésie vont-ils permettre de restituer la présence au monde ? ou est-ce une illusion ? Le langage n'apportera peut-être pas cette humanité réconciliée ; sur le plan symbolique, l'écriture passe par l'incertitude, la difficulté. Le passé est en cendres, l'avenir est incertain : il n'est pas encore écrit, l'écriture le rendra présent.

- le voyage de la nuée (ombre, hypothèse du leurre) montre l'intensité de la poésie + impression de désastre "masse d'eau" dévastatrice.

Strophe 5 :

- Une sorte de récit du voyage dans l'eau du rêve. Objectif : atteindre un savoir qui dépasse le langage => atteindre la beauté, la vérité à l'intérieur d'une barque conduite par un marinier > l'être humain a besoin d'un passeur, de qqn qui nous aide; il s'agira du poète.

Strophe 6 :

- Ils arrivent sur la côte, une rive nouvelle où tout parait contradictoire. Le monde est plus grand, l'autonier évoque un géant > jeux de contraire.

=> atteindre un monde nouveau = espoir que Bonnefoy met dans la poésie.

- ordre des mots, des mains qui se tendent : deux mondes acceuillants, humanistes, communauté > la poésie est l'étoile qui guide et la barque transporte.

L'artiste doit inventer un langage qui dépasse le seuil du langage. L'eau est ce qui permet de poursuivre le voyage, c'est l'eau du rêve. Il finit sur le rêve d'un voyage vers la beauté et la vérité. Sur une barque conduit par un inconnu qui fait penser que l'homme seul n'y arriverait pas, a besoin d'un passeur (la poésie) + fait penser "aux planches courbes". Le rêve se heurte à un bruit bizarre, on entend des craquements des planches qui se déserrent, associées aux pensées ajointées. L'humanisme et cet autre monde sont en danger. La 1ère partie se clôt sur une idée d'échec.

 

POEME 2 :

champ lex. de la parole, de la poésie - inquiétude du langage trompeur.

- la chimère aux branches du jardin d'Armide :

animal => perroquet doué de parole et en particuler dans la Jerusalem délivrée épopée du XVIè : les croisés se battent contre les troupes égyptienne et turc. Armide est une magicienne musulmane qui va combattre les croisés avec ses charmes et sortilèges. Elle réussit à faire venir le chevalier Renaud mais tombe amoureuse et veut donc l'installer dans son palais, jardin où se trouve le perroquet. Le chant merveilleux du perroquet va inciter les croisés venus délivrer Renaud à ne plus faire la guerre > argumentation sur l'amour + stratégie politique > le leurre est l'amour qui va provoquer l'affaiblissement de l'armée.

- un certain pescimisme:

"le tumulte, les griffes, avidité, partout sur terre injustice et malheur" > " la lucidité qui désespère". Même le poète est victime de sa raison et de ses rêves. Car pense que le rêve est souvent un mensonge, le monde imaginaire est trompeur. Sorte de douleur, d'inquiétude comme si Bonnefoy doutait un peu de la poésie : tentation d'abandonner les mots à la prose. Conditionnel qui montre que du désespoir Bonnefoy fait une tentative, essait de résister et que finalement il donne à l'écriture poétique la fonction d'exorciser. Cette oscillation entre le doute et la confiance est le lieu même de la poésie. Parler de cet écartellement et garder l'espoir.

=> Dans le leurre des mots - marque le lieu.

=> Mots trompeurs à qui il veut redonner beauté et vérité.

- dans la seconde partie:

la flûte attribuée à la poésie => allégorie qui rapproche la poésie des muses surtout Euterpe tjrs représentée avec une flûte (cf : tradition Grece antique + Orphée). Bonnefoy accorde de l'importance à la musique des mots.

Emploi du verbe "élucider" = rendre clair => poésie donneuse de sens, idée de rapprocher le langage des sensations qui rendent possible la présence au monde + retrouver l'état fusionel et heureux d'avant le langage + retisser le lien entre le monde et les mots.

Le "monde mort" est le monde d'injustice, malheur... à la fin une terre où se retrouver, où se réconcillier. Le feu, 1er geste d'une collectivité, symbole d'une communauté des hommes retrouvés autour de la poésie.

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